Le droit de manifester menacé ?

Publié le par groupeideesnoires.over-blog.fr

Samedi 24 janvier 2009, une manifestation avait lieu, à Paris, au métro Barbès Rochechouart, en soutien à Isa, Juan et Damien, incarcérés dans le cadre d’une enquête antiterroriste (on les accuse d’avoir voulu brûler une voiture de police devant un commissariat en mai 2007). La manifestation a rassemblé environ 200 personnes.

            A peine quelques minutes après, deux cortèges de CRS se déploient devant et derrière les manifestants, alors qu’ils s’apprêtaient à avancer dans le boulevard Barbès. Rapidement, les CRS procèdent à des arrestations : tous les manifestants sont arrêtés, mais, devant le manque de place dans les camions, les filles sont relâchées.

La préfecture de police confirme qu’une centaine de personnes ont été arrêté. Pourquoi ? Les CRS auraient appelé à la dispersion, mais les manifestants auraient refusé d’obéir. Or, d’après les présents, aucun ordre de dispersion n’a été entendu. De plus, quand bien même il aurait été lancé, comment les manifestants, bloqués par deux cordons de CRS et les immeubles du boulevard,  auraient-ils pu se disperser ?

            Aux dernières nouvelles, sept des arrêtés ont été libéré le lundi 26 janvier avec une convocation au tribunal le 6 mai 2009 pour avoir refusé de se disperser. Sept autres ont été déféré au substitut du procureur et ont comparu, lundi 26 janvier, devant la chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris pour « violences sur agents dépositaires de la force publique, rébellion, dégradations ». Ils ont été libérés et le jugement sera rendu le 2 mars 2009 à 13h30.

             

Cet évènement pose la question de la remise en cause fondamentale, depuis quelques mois, du droit de manifester. En effet, ces derniers temps, les mesures prises à l’encontre des manifestants ont atteint un degré disproportionné. Outre cet épisode (une centaine d’arrestations et 14 attentes de jugement pour avoir manifesté quelques minutes à peine), souvenons-nous aussi de l’arrestation totalement arbitraire de six militants venus soutenir la jeunesse grecque le 12 décembre 2008, sous prétexte que la manifestation n’était pas autorisée. Ils ont été détenus pendant 72 heures et se sont retrouvés accusés de violences en réunion contre la police et de détérioration de biens publics ! Le bilan de leur procès, qui avait lieu le 19 janvier 2009, est le suivant : un a été relaxé, trois ont été condamné à une amende de 500 euros, un à une amende de 500 euros et à 2 mois de prison avec sursis, et un autre à 500 euros d’amende et à un mois de prison avec sursis. Tout ça pour avoir participé à une manifestation.

On peut aussi se rappeler, à titre d’exemple parmi tant d’autres, de la manifestation lycéenne du 18 décembre 2008. En plein milieu de la manifestation (à mi-chemin du parcours prévu), une partie des manifestants, qui marchaient devant les cortèges des syndicats et des établissements, se sont retrouvés séparés du reste de la manifestation par un cordon de CRS et de types chargés du service d’ordre du SNES. Un autre « cordon bleu » s’est ensuite déployé devant eux pour les encerclés. Pendant un quart d’heure, les policiers ont refusé de les laisser sortir et les ont gazé trois fois de suite (alors qu’ils étaient confinés entre deux cordons !) Au bout d’une heure, ils les ont finalement laissé sortir au compte goutte avec contrôlé d’identité et photographie individuelle pour une partie d’entre eux. La manifestation s’est ainsi retrouvée cassée en plein milieu de son parcours. Pourquoi ? Parce que le SNES aurait dit aux policiers que ces manifestants « hors cortèges » étaient des casseurs… quel beau prétexte !

 

            Messieurs et mesdames les policiers - en dehors de vos convictions sur le rôle que vous avez à jouer dans le maintien de « l’ordre » en société – ne remarquez-vous donc pas que l’on vous utilise pour bafouer les quelques libertés qu’il reste encore dans ce pays ?

Vous matraquez, gazez et arrêtez des gens – y compris des collégiens et des lycéens – qui manifestent leur colère, et vous brisez les manifestations de l’opposition, entravant ainsi considérablement le droit de tout un chacun d’exprimer ses opinions.

            N’en n’avez-vous donc pas assez de rafler des étrangers ? De tabasser et d’arrêter des manifestants ? De contrôler et de surveiller sans cesse les moindres faits et gestes de ceux qui ne portent pas l’uniforme ?

            Gardez donc vos boucliers, vos armures, vos casques, vos flashball, vos tasers, vos matraques, vos pistolets, vos chiens, vos voitures, vos camions et vos hélicoptères, mais tournez-les contre le gouvernement et fraternisez avec les manifestants. Rappelez-vous du 18 mars 1871, lorsqu’à Montmartre, les troupes gouvernementales ont fraternisé avec les insurgés de la Commune de Paris !

 

Guillaume Goutte.

Groupe Idées noires de la Fédération anarchiste.

Publié dans Actualité

Commenter cet article